Teinture à la Renouée du Japon

Aujourd’hui, c’est la Renouée du Japon, alias Fallopia japonica, qui est à l’honneur. C’est une plante invasive. Certaines régions françaises voient déjà leurs friches et leurs talus dramatiquement envahis par cette plante dont les tiges lignées de rouge rappellent vaguement celles du bambou.

Ça faisait un bail que je n’avais pas écrit… Je n’ai pas laissé tombé, non, je dirais même que ça bourdonne d’idées là-dedans. Mais il y a quelques temps, je me suis retrouvée confrontée à un problème: je n’avais plus forcément très envie de continuer les tests à ce rythme. Il m’a fallu du temps pour réaliser que ce dont j’avais besoin, c’était de faire des réalisations concrètes. Alors désormais, je vais alterner, ou intégrer un petit projet dans mon test.

Avant de passer à cette étape, je vous présente une teinture réalisée à la fin de l’été et que je n’avais pas pris le temps de publier.

Aujourd’hui, c’est la Renouée du Japon, alias Fallopia japonica, qui est à l’honneur. C’est une plante invasive. Certaines régions françaises voient déjà leurs friches et leurs talus dramatiquement envahis par cette plante dont les tiges lignées de rouge rappellent vaguement celles du bambou.

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Si vous en avez dans votre jardin ou près de chez vous, il est vivement recommandé de la faucher méthodiquement jusqu’à extinction (ou mieux encore, de la déraciner, mais c’est très difficile) sous peine de voir toutes les espèces alentour disparaitre sous le coup de l’invasion… Elle se répand grâce à ses rhizomes, raison pour laquelle elle s’étend rapidement sur un site, et grâce à sa floraison, qui lui permet de coloniser d’autres sites. Le fauchage possède le double intérêt d’empêcher la floraison, et d’affaiblir la plante, stoppant ainsi le développement de ses rhizomes.

Alors, face à cette abondance de matière, je ne pouvais qu’avoir envie d’essayer de l’exploiter en teinture végétale! Pas de pitié pour l’avenir de la plante, c’est presque un devoir de ramasser tout ce qu’on trouve!

J’ai fait ma récolte à la fin de l’été, après floraison. Dans mon bain de teinture, j’avais donc des feuilles agrémentées de quelques fleurs. Si vous voulez tenter l’expérience à votre tour, faites bien attention dans le transport et le traitement de ces végétaux, afin de ne pas contaminer un environnement sain!

Pour ce qui est des attentes, j’espérais une teinte rougeâtre après être tombée sur cette indication en surfant sur le net. Bon, je ne retrouve plus le site en question, mais il ne s’agissait que d’une ligne dans un tableau, aussi je pense que ce n’est pas bien grave…

Voici la fiche de préparation:

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J’ai donc teinté de la soie, du coton, du lin, et de la laine. Encore une fois, le résultat a été plus que surprenant!

Voici les fibres tissées:

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J’ai obtenu un joli beige tirant sur le pêche. La couleur est assez douce. Je m’attendais à quelque chose de plus ténu étant donné le ratio poids des feuilles/poids du tissu. Fibres végétales ou animale, même combat: la teinte de la soie ne diffère pas radicalement de celle des fibres végétales testées. Peut-être est-elle simplement un peu plus chatoyante.

Et puis il y a eu les fibres de laine!

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Tout est dans l’image… les couleurs n’ont rien à voir! Pour la laine, on retrouve une couleur jaune paille (tendance brune sur la laine bizet). Ces couleurs sont magnifiques et vibrantes, j’adore.

Pourtant, ces fibres ont été teintées dans le même bain de teinture et pendant la même durée. J’ignore ce qui a bien pu engendrer une telle différence. Et vous, avez-vous une idée?

Étant donné que je ne suis pas une tricoteuse dans l’âme, j’ai décidé d’introduire le tissu de laine dans mes expériences. Vous verrez donc prochainement arriver cet échantillon dans mes expériences. Ça me permettra aussi de comparer les fibres moulinées par rapport à celles tissées. Et pourquoi pas, à terme, les remplacer par ces dernières!

 

Peut-on teinter n’importe quel tissu?

Aujourd’hui, nous allons essayer de répondre à la question de l’importance du tissu dans la réussite des méthodes de teinture naturelles.

Pour cela, nous allons aller un peu plus loin dans l’explication de la chimie de la fibre et de celle de la teinture. N’ayez pas peur! Je vais tâcher d’aborder ça le plus simplement possible. Nous ne voulons pas devenir chimistes, nous voulons simplement comprendre les grandes lignes du processus, afin de mieux comprendre ce que nous faisons, et éviter les erreurs désagréables!

Alors c’est parti!

Tout d’abord, nous allons essayer de comprendre les différentes fibres, leur composition et leur fabrication. Car comme vous le savez déjà probablement, il en existe différents types:

 

Les différentes fibres

Les fibres naturelles

Animales

Les fibres animales, aussi appelées fibres protéiniques, représentent l’ensemble des fibres d’origine animale: les poils d’animaux (laine, cachemire, mohair, angora, chèvre, lama, alpaga…) et les sécrétions animales (la plus connue étant la soie, mais le fil d’araignée en est un autre exemple, utilisé en textile technique)

Laines

Végétales

Les fibres végétales ou cellulosiques, sont composées de cellulose. On y retrouve l’ensemble des fibres issues directement de la plante: coton, lin, chanvre, ramie, jute, ortie, raphia, sisal…

Fibre végétales

Les fibres chimiques

Artificielles

Il s’agit de fibres naturelles qui ont dû subir une transformation -chimique, la plupart du temps – pour devenir une fibre utilisable en textile. On y retrouve la rayonne, la viscose, le bambou, le Lyocell, le modal, l’acétate de cellulose, le coton mercerisé, le latex…

Fibre artificielles

Synthétiques

Composés de différents polymères auxquels on a donné la forme de fibres, la composition de ces tissus n’est pas d’origine naturelle. Dans cette famille, on retrouve notamment l’acrylique, le polyester, le nylon (ou polyamide), l’élasthanne (ou lycra), etc.

Fibres synthétiques

Lesquelles peuvent être teintées naturellement?

Voilà, nous avons posé les bases. Maintenant, nous allons voir quelles fibres peuvent être teintées.

Déjà, un premier critère est la capacité de la fibre à être mouillée ou chauffée à la température nécessaire à la teinture. Certaines fibres ne peuvent être chauffées sans se déformer, rétrécir ou changer d’aspect. C’est le cas des fibres synthétiques, que nous pouvons éliminer d’office d’un processus de teinture naturelle, car il nécessite de chauffer le tissu à des températures entre 70 et 90°C.

Ensuite, un tissu, un fil ou une bourre de fibres doit être correctement préparé pour être en mesure d’accueillir le colorant. Il doit être nettoyé de ses impuretés naturelles (le suint de la laine par exemple), des impuretés acquises lors du processus de filature ou de tissage (poussières, etc), et des impuretés appliquées, telles que des cires, imperméabilisants ou autres. La bonne réalisation de ce nettoyage optimisera la teinture qui suivra, par sa capacité à être uniforme et à être solide.

En effet, chaque catégorie de fibre a ses particularités. Mais chaque catégorie de colorant aussi. Et selon le type de colorant, celui-ci va avoir des affinités avec tel ou tel type de fibre plus qu’avec tel ou tel autre.

ChromophoreChaque colorant est composé de deux parties: un groupement chromophore, qui donne la couleur, et un groupement réactif, qui s’attache à la matière.

Toujours d’un point de vue chimique, chaque colorant et chaque fibre est défini par une polarité. Si l’un a une polarité positive (+) et l’autre une polarité négative (-) alors il s’attirent. Si les deux ont une polarité (+), ils s’éloignent. De même si les deux ont une polarité (-). Avec une polarité neutre, comme l’eau, rien ne se passe: un tissu mouillé exposé au contact de l’air ne le reste pas.

Pour pouvoir teindre un tissu avec efficacité, il va donc falloir choisir le bon colorant pour la bonne fibre. Ou alors sélectionner un procédé chimique qui favorisera cette adhésion, via le mordançage, dont je vous ai déjà parlé de l’utilité dans dans un précédent article. Avec la bonne réalisation de cette étape, tous les autres tissus de la liste ci-dessus pourraient donc être teintés.

 

J’envisage de vous faire un article complet sur les différentes familles de colorants naturels et sur leurs propriétés chimiques. Si cela vous intéresse, n’hésitez pas à me le dire dans les commentaires!

 

Teinture à la ronce

Aujourd’hui, je m’attaque à cette plante double face. D’un côté, il y a ses aspects irritants: difficile de s’en débarrasser définitivement quand elle a décidé de s’installer dans le jardin, et en plus, étant dotée de piquants, il faut prendre quelques précautions pour l’arracher. D’un autre côté, elle forme ces buissons denses et sauvage dans les friches, talus et autre lieux non habités, et en été, se recouvrent de mûres délicieuses, nous invitant à renouer avec nos instincts ancestraux de cueilleurs.

Rubus fruticosus - Ronce commune

Bref, voilà une plante qui a de la ressource: très résistante, elle est disponible à peu près partout et pousse en abondance. Une ressource parfaite pour la teinture, si les résultats au test sont concluants.

C’est donc parti pour l’expérimentation. Je choisis le bout des tiges, là où les feuilles sont jeunes. Je les hache en petits morceaux, puis les met à macérer 24h dans l’eau de pluie avant de réaliser le bain de teinture.

Si vous décidez de tenter l’expérience de votre côté, surtout pensez aux gants de protection, car cette plante est quasiment impossible à manipuler sans (à moins que vous ayez de la corne sur les mains, mais dans ce cas vous êtes un cas particulier!).

En réalisant l’expérience en août, j’ai pu utiliser la plante fraîche, mais il est aussi possible de la faire sécher pour la réutiliser plus tard, et ainsi en avoir à disposition toute l’année.

D’après mon super guide des teintures naturelles, dont je vous parlais la semaine dernière, je m’attends à obtenir du gris-noir avec un nuançage au fer. Je me demande alors quelle sera la couleur de mon tissu sans nuançage et décide de l’inclure dans mon test. Mon guide m’indique aussi que la couleur obtenue est très solide à la lumière et au lavage. Je vais donc préparer un échantillon qui n’ira pas tout de suite dans mon grand carnet, mais restera à la lumière du jour, histoire de voir. Je vois enfin que les colorants identifiés dans cette plante sont les tanins galliques, ce qui éveille mon intérêt: j’ai déjà vu à plusieurs reprises que l’on peut mordancer avec des noix de galle. Vu que je vais devoir acheter ces dernières, est-il possible que je puisse les remplacer, à terme, par une plante particulièrement disponible dans ma région? Je testerais très probablement cet aspect le jour où je me lancerais avec les noix de galle.

Voici la fiche recette de l’expérience:

Ronce commune

Mine de rien, la réalisation a l’air longue, mais elle ne m’a pas demandé spécialement plus de temps que les autres: il fallait surtout laisser reposer entre chaque étape. Après, c’est sûr, il faut être un minimum patient car on est loin du résultat quasi-instantané des teintures chimiques. Comme pour toutes les teintures naturelles, on peut dire qu’elle se mérite!

Résultats! Sans nuançage, j’ai obtenu un jaune pâle tirant sur le beige, léger et doux. Après nuançage, un très beau gris foncé.

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Plusieurs grosses surprises dans cette teinture.

Tout d’abord, je n’observe quasiment aucune différence entre le résultat sur tissu mordancé, et celui sur tissu non mordancé. Je suppose que cela est dû aux colorants tanniques de la ronce, qui en font un mordant naturel. Il pourrait être intéressant, à l’avenir, de tester la tenue de la teinture avec une autre plante après un mordançage aux tanins de la ronce, et de comparer le résultat à un mordançage classique alun + crème de tartre…

Ensuite, il y a une différence de teinte phénoménale entre les fibres. Sur la fibre végétale (coton, lin et raphia), le nuançage me permet d’obtenir un gris foncé fabuleux. Sur la soie, le résultat commence déjà à être différent, en tirant vers un gris-brun. Et la laine m’a donné un résultat tout à fait inattendu: du vert! Un vert kaki qui n’a pas voulu foncer, malgré un séjour plus long dans le bain de nuançage au sulfate de fer. Quelle surprise! Le colorant ne réagit clairement pas de la même façon en fonction de la fibre sur laquelle il se fixe. Je trouve toutes ces couleurs vraiment très belles, mais jamais je n’aurais pensé obtenir autant de tons différents avec une seule plante et le même procédé de teinture!

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Dernière petite surprise sur cette expérience, je me suis aperçue que lorsque je lave mes 20170914_114504.jpgéchantillons en fin de teinture, je peux aussi agir sur la teinte. En effet, les tâches que vous observez sur certains échantillons (comme celui ci-contre par exemple, ou la fois dernière sur la verge d’or) ne sont pas dues à un manque de mélange lors de la teinture, mais à des morceaux de savon non dilués et qui se sont déposés sur le tissu, en faisant réagir le colorant avant que j’aie le temps de rincer. Je suppose que c’est le pH de mon savon qui a un effet sur la couleur. C’est une forme de nuançage qu’il serait intéressant d’expérimenter plus concrètement à l’avenir!

 

Teinture au frêne commun

Ou l’histoire de ma première teinture au résultat inattendu!

Frêne communJ’avais déjà pu lire ici et là que la teinture végétale donnait parfois des résultats qui s’écartaient des attentes. La teinte obtenue donnant un coloris sensiblement différent de ce qu’on obtient généralement avec cette plante. Les raisons peuvent être multiples, et les identifier est un vrai défi pour une débutante comme moi!

Bref, vous vous l’avez compris, cette nouvelle expérience avec le frêne commun est complètement concernée!

J’aime bien faire mes expériences sur la base de plantes très largement disponibles et faciles à se procurer. Le frêne en est un bel exemple, puisque j’en ai un beau et grand au fond du jardin. J’ai récolté ses feuilles en coupant les quelques rejets qui poussaient à la base du tronc. De quoi joindre l’utile à l’utile: plus de rejets, et de belles feuilles disponibles pour une expérience de teinture!

Pour ce qui est de la couleur attendue, mon petit guide m’indique que j’allais obtenir un jaune ocre. Alors c’est parti!

J’ai laissé les feuilles sécher six jours avant de les plonger dans l’eau. Voici la fiche recette de cette teinture:

Frene commun.jpeg

Comme je vous l’ai laissé entendre au début, le résultat n’a pas été jaune du tout!!

Mais en fait, je suis plutôt contente du résultat. Voici une photo de ce que ça a donné:

Teinture frene commun.jpg

Comme toujours, le tissu en flanelle de coton est celui qui parvient à concentrer le plus la couleur. Il nous offre un résultat qui s’approche légèrement du jaune, mais l’effet est plus prononcé en photo qu’en réalité. En effet, c’est plutôt une très belle palette de beige que j’obtiens. La couleur est douce et lumineuse. Une fois passée ma déception de ne pas obtenir le résultat attendu, je peux vous dire que je suis devenue fan de ces teintes de beige!

En haut, vous voyez donc le tissus mordancé, et en bas, le non mordancé. Dans tous les cas, j’adore! Pas de toute que dans mes prochaines créations, si je souhaite du beige, je penserais au frêne, car il est très disponible et qu’il donne une jolie teinte.

Cela dit, il y a aussi de fortes chances pour que je renouvelle l’expérience en modifiant la recette, pour essayer d’obtenir le jaune ocre qu’il aurait dû donner.

Parmi les améliorations que je prévoie: hacher les feuilles en petits morceaux, ne pas les laisser sécher, et mordancer avec de l’alun et de la crème de tartre.

En attendant, je vous dis RDV dans 15 jours pour la prochaine expérience de teinture!! Je vous y parlerais de teinture à la verge d’or, pour obtenir du jaune! Encore, me direz-vous! Oui, mais cette fois, encore une surprise!!

 

Le mordançage, ça sert à quoi?

En teinture, on parle toujours de mordançage. Mais de quoi s’agit-il au juste?

Les avantages du mordançage.

D’une façon générale, un mordançage bien réalisé permettra de renforcer la solidité des couleurs à la lumière, ainsi qu’au lavage.

C’est à dire que la teinture résistera bien aux lavages successifs, et ne sera pas affadie par l’exposition à la lumière.

Bien entendu, tout étant relatif, le temps fera tout de même son œuvre, comme avec n’importe quelle teinture, qu’elle soit chimique ou naturelle.

Ok, mais c’est quoi?

Le mordançage, c’est l’art de préparer le tissu afin qu’il accroche et fixe le colorant lors de la teinture. En effet, selon la nature du colorant utilisé, ce dernier parviendra plus ou moins facilement à se fixer sur une fibre donnée.

C’est là qu’intervient le mordant, c’est à dire une substance qui permettra de faire la liaison entre les deux.

Alors, c’est de la chimie tout ça?

Hé bien oui! C’est une histoire de molécules! Le mordançage va permettre à des molécules qui n’auraient pu se lier entre elles de le faire quand même. Il servira d’intermédiaire, en quelque sorte. Ainsi, le mordant va se fixer à la fibre, et le colorant va se fixer au mordant. Sans ça, le colorant « glisserait » sur la fibre, et se retrouverait à nouveau dans l’eau dès le premier lavage (pour notre plus grande déception!!).

C’est pour cela qu’en fonction du type de fibre (laine, coton… ), et du type de colorant, il faut choisir le mordant le plus approprié.

Heureusement pour nous, il existe déjà une belle banque de données pour nous aider à trouver le mordant le plus adapté en fonction de la plante à utiliser. Et nous avons également un vaste choix de mordants en teinture naturelle!

Faut-il systématiquement mordancer?

Non, rien ne vous y oblige, mais c’est néanmoins conseillé pour la tenue de la teinture dans le temps.

Après, il existe des colorants dit substantifs, qui par nature se lient très facilement avec la fibre. C’est le cas du curcuma avec les fibres cellulosiques comme le coton, par exemple. Mais là encore, la teinture qui en résulte n’est ensuite pas forcément très solide à la lumière. J’ai prévu de tester le curcuma cet hiver, quand la disponibilité des plantes fraîches sera interrompue. J’essaierais de tester ce paramètre.

Quand réaliser le mordançage?

Le meilleur moment pour le faire, c’est avant la teinture. On plonge alors les fibres humides mordancées dans le bain de teinture. Il s’agit là du cas général. Mais on peut aussi choisir, parfois, de réaliser le mordançage directement dans le bain de teinture. Cela permet un gain de temps, mais empêche de réaliser un nuançage en fin de teinture.

On peut réaliser des quantités mordancées à l’avance, mais il faut s’arranger pour que les fibres restent humides jusqu’à leur teinture.

Mordançage.png

 

Voilà, j’espère vous en avoir appris un peu plus sur le mordançage et son utilité en teinture.

J’ai prévu de vous réaliser prochainement un article sur les différents types de mordants, car le thème est vaste et mérite un article à lui tout seul!

Achillée Millefeuille

Le jaune, c’est décidément la couleur que le monde végétal semble nous offrir le plus largement. Il serait ainsi très facile de dénicher une plante de notre environnement qui produise du jaune, alors qu’il faut se tourner vers des espèces bien précises et pas forcement locales pour tirer du bleu ou du rouge. Encore plus si on souhaite une couleur grand teint. Après, comme je ne crois que ce que je vois (ou presque), nous aurons très probablement l’occasion de vérifier tout cela à l’avenir!

Le mois dernier, j’ai ainsi eu la chance de pouvoir récolter des fleurs d’achillée millefeuille sur un site où elle pousse en abondance. J’adore l’odeur de ses fleurs, que je trouve très champêtres, et si j’ajoute ses propriétés médicinales (à ce propos très intéressantes pour nous autres de la gente féminine) à ses propriétés tinctoriales, elle en devient une sorte de plante « super-héroïne » tant elle est parfaite sous tous points de vue.

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Quel procédé?

J’ai donc récolté un peu plus de 100g de fleurs, et je les ai laissées sécher deux jours avant de les plonger dans l’eau pour réaliser le bain de teinture.

Toujours pas d’eau de pluie à disposition, mais le récupérateur est commandé, et il ne devrait plus tarder à arriver. Voilà qui devrait optimiser mes résultats à venir, l’eau de pluie étant exempte des composés chimiques, présents dans celle du robinet et susceptibles d’interagir de façon non désirée dans le processus de teinture.

Comme pour le séneçon, je vous ai fait une fiche explicative de ma recette:

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Résultat?

Cette fois, le ratio quantité de tissu/quantité de fleurs a été bien plus faible que pour le séneçon, et mon tissu mordancé l’a été avec une concentration beaucoup plus élevée, et pourtant, le résultat est beaucoup plus pâle! Je n’ai pas encore d’explications, mais si vous en avez, n’hésitez pas à m’en parler en commentaire!

Voici une photo des échantillons testés:

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Donc, comme vous vous y attendiez depuis le début de l’article, le résultat a été dans le ton jaune. La nuance, cette fois, va vers le beige/crème. Difficile de qualifier cette couleur, tant elle est changeante selon la lumière. Oui, à l’œil nu, donc je ne vous raconte pas avec l’appareil photo! J’ai néanmoins essayé de choisir les photos les plus fidèles possibles…

Une chose est sûre, la laine ne prend pas du tout la couleur de la même façon que le coton! Mordancée de la même façon, le coloris obtenu est d’un jaune beaucoup plus soutenu.20170730_232241

Malgré tout, je trouve le résultat un peu gris… la couleur manque d’éclat. Cela se voit d’autant plus sur la laine. Je me pose la question de l’ébullition lors de la phase de teinture… est-elle vraiment nécessaire? Peut-elle avoir un impact sur la qualité de la couleur? Ou est-ce le mordançage? Ou le nettoyage préliminaire?

Je viens de réaliser de la teinture avec des feuilles de frêne. Je vous en parlerais prochainement, mais le résultat n’a pas du tout été raccord avec mes attentes… En revanche, j’adore la teinte obtenue!

Au commencement…

Depuis plusieurs années maintenant, je réalise des teintures végétales, mais sur mes cheveux.

Je réalise des mélanges, avec du henné de diverses origines, et d’autres plantes colorantes. Dès mes premiers essais, j’ai compris que la teinture du cheveux était un art délicat, et qu’il était difficile de savoir à l’avance le résultat précis que l’on va obtenir.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/38/Sacs_de_henn%C3%A9.jpg

Ma couleur naturelle est le blond cendré. J’ai observé mes premiers cheveux blancs à l’âge de 22 ans. En soi, le fait d’avoir des cheveux blancs ne me dérange pas vraiment. Mais ces cheveux blancs ont changé de nature: ils sont plus épais, assez secs et indisciplinés, qui, ajoutés à la teinte poivre et sel, donnaient à la globalité de ma chevelure un aspect « pas net » que je n’aimais pas tellement. D’autant plus qu’ayant le cheveux souple, ma chevelure n’était déjà pas le temple de la discipline…

Étant très portée vers le naturel, et ayant le mauvais souvenir d’un vieux balayage dont les produits m’avaient agressé le cuir chevelu, je me suis donc tournée vers le henné et la coloration végétale. Et j’arbore depuis un châtain auburn, avec quelques variations selon mes expérimentations.

Un jour, j’ai voulu obtenir des reflets violets dans mes cheveux. Après pas mal de recherches, de croisements d’informations, de lecture de témoignages, j’ai décidé de tester la décoction de campêche. Il semblait que celle-ci, additionnée d’alun, donnait une couleur d’un violet pourpre tout à fait enthousiasmant.

Alors me voilà à une faire mon mélange avec ma décoction… dont il m’en reste une belle quantité une fois terminé! C’est alors que j’ai l’idée qui changera tout: je découpe quelques carrés de tissu en coton, et je les plonge dans le reste de ma décoction.

Là où le résultat sur mes cheveux s’est avéré décevant (pour la première fois depuis mes débuts en coloration, j’ai dû faire une deuxième coloration le lendemain car ils étaient beaucoup trop rouges!), le résultat sur le tissu s’est avéré splendide! La couleur était d’un beau mauve profond, plus ou moins intense selon l’échantillon de tissu utilisé.

Je venais de découvrir que non seulement on pouvait obtenir des couleurs très intenses avec des végétaux, d’une nuance vraiment naturelle à laquelle j’étais sensible, et qui pouvait varier, à mélange égal, en fonction du matériau utilisé.

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C’est ce résultat qui m’a donné envie d’aller chercher plus loin, d’essayer de comprendre comment extraire la couleur de la plante, comment obtenir le meilleur résultat sur le tissu, et comment fonctionnent entre eux les différents paramètres qui entrent en jeu en teinture.

Finalement, c’est un peu comme avec la teinture des cheveux, et au final, je pense aussi qu’en progressant en teinture textile, je serais encore plus à l’aise en teinture capillaire.

Quant à mes cheveux, après rattrapage et oxydation, j’ai bien constaté des reflets violine dans ma chevelure. Mais je n’aime pas tant que ça, alors je reviendrais à mes premières amours, l’auburn!

 

Grand teint, bon teint, petit teint?

En commençant mes recherches sur le sujet de la teinture végétale, je suis tombée sur des termes qui m’ont laissée perplexe.

Que signifiaient la dénomination « grand teint », « petit teint » ou encore « bon teint »? Toutes les teintures ne se valent donc pas toutes?

Mon premier constat a été que ces appellations semblaient liées à une plante, ou encore à un procédé de teinture. Il fallait donc creuser, car si je souhaitais me lancer dans les expériences, ça allait probablement m’aider à anticiper certains résultats ou certaines difficultés.

Je me suis débord penchée sur la littérature. Je suis allée emprunter tout ce que j’ai pu trouver sur la teinture à la médiathèque de ma ville. J’allais bien trouver quelque infos là dedans!

Histoire

C’est dans le livre Plantes à Teinter de Chantal DELPHIN et Eric GITTON que je trouve mes premières informations sur le sujet. Dans une partie dédiée à l’histoire de la teinture en France, ils nous expliquent que le petit teint est meilleur marché à produire que le grand teint, et que la loi obligeait les teinturiers à apposer un sceau mentionnanthttps://i1.wp.com/books.openedition.org/editionscnrs/docannexe/image/8176/img-2-small700.jpg le type de teint de façon bien visible sur leur étiquetage. De même, ils avaient pour interdiction de mélanger des fibres teintées « grand teint » et « petit teint » dans un même drap de tissu.

Je commence donc à comprendre que la différence entre les deux est de taille, à tel point qu’en France, elle fit l’objet d’une règlementation très stricte dès le XVe siècle.

 

Définition

C’est dans un ouvrage de recettes que je trouve des informations plus complètes. Le livre s’appelle Teintures Naturelles – plus de 130 recettes expérimentées et partagées Grand Teint- Petit Teint, de Karin DELAUNAY-DELFS. Il nous livre une belle définition, extraite de l’Encyclopédie de Diderot:

« Teint, s. m. (Teinture) l’art de teindre par rapport aux étoffes de lainerie se distingue en France en grand et bon teint, et en petit teint. Le grand teint est celui où il s’emploie  que les meilleurs drogues, et celles qui font des couleurs assurées. Le petit teint est celui où il est permis de se servir des drogues médiocres, et qui font de fausse couleurs. Les plus riches étoffes sont destinées au grand teint, et les moindres sont réservées pour le petit teint. »

Le grand teint et le bon teint, ça semble donc être la même chose. Ils se distinguent du petit teint par la qualité des procédés et des substances utilisées pour teindre.

C’est un peu plus loin que je trouve enfin la réponse à ma question!

[…]Pour assurer une perfection constante dans les teintures de laines, les anciens et nouveaux règlements ont distingué deux manières de teindre les laines ou étoffes, de quelques couleurs que ce soit. L’une s’appelle teindre en grand et bon teint. L’autre teindre en petit ou faux teint. La première consiste à employer des drogues ou ingrédients qui rendent la couleur solide, en sort qu’elle résiste à l’action de l’air, et qu’elle ne soit que difficilement tachée par les liqueurs âcres ou corrosives; les couleurs de petit teint au contraire passent en très peu de temps à l’air, et surtout si on les expose au soleil, et la plupart des liqueurs les tâchent, de façon qu’il n’est presque jamais possible de leur rendre leur premier éclat.

Le grand et bon teint va donc être une teinture réalisée avec les meilleurs ingrédients végétaux, et des substances chimique qui vont en révéler les meilleures qualités.

Elle va résister à la lumière, ainsi qu’à des lavages répétés, et la couleur sera bien franche et prononcée.

Le petit teint, lui, va être réalisé à partir d’ingrédients de second choix, et selon des procédés de fabrication plus simples, nécessitant moins d’ajouts.

Le résultat donnera des couleurs plus pâles et plus éphémères.

 

Quelles plantes sont concernées?

Nous possédons le fruit d’un vaste travail déjà effectué au fil des siècles, nous permettant de connaître les propriétés bon teint ou petit teint d’une plante.

Ainsi, il existe un répertoire des plantes qualifiées de grand teint.

Gaude
Gaude (Reseda luteola)

Historiquement, il s’agissait de la gaude pour le jaune, de la garance pour le rouge, et du pastel pour le bleu. Le savant mélange des trois permettant d’obtenir la totalité de la palette de couleurs possible.

 

Garance
Garance (Rubia tinctorum)

Aujourd’hui, la liste s’est quelque peu étoffée, Ainsi,  l’indigo a rejoint le pastel pour l’obtention d’un bleu grand teint, la sarriette et le genêt, pour leur part permettent des jaunes grand teint, et le carthame a rejoint les rouges. Enfin, les plantes à tanin comme le châtaignier, le chêne ou le noyer sont également définies comme bon teint.

Pastel des teinturiers
Pastel des Teinturiers (Isatis tinctoria)

Il faut tout de même préciser qu’une plante comme la gaude, selon qu’elle soit mordancée ou non, donnera un grand teint ou un petit teint. Le mordançage est donc déterminant dans le résultat obtenu.

En tout cas, il est certain que je vais tester!!

 

Aventures Tinctoriales

C’est l’histoire d’une fille qui souhaite apprendre à teindre ses tissus.

Elle part de rien: elle n’y connait pas grand chose, et personne dans son entourage ne s’intéresse particulièrement à ces choses là…

Alors elle décide d’expérimenter. A l’aide de quelques bouquins, d’un peu de matériel déniché sur des brocantes, et de beaucoup d’envie, elle se lance.

Ce blog, ce sera l’histoire de son apprentissage, de ses essais et découvertes, de ses échecs, et surtout de ses progrès… mais il sera aussi la vitrine de ses résultats, et des créations réalisées après ces « aventures tinctoriales »!

Et puis, bien sûr, comme elle ne fait pas que ça, et qu’elle s’intéresse à beaucoup d’autres choses, elle pourra vous présenter, ici et là, le fruit d’autres réalisations, réflexions et découvertes!

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