Teinture à la ronce

Aujourd’hui, je m’attaque à cette plante double face. D’un côté, il y a ses aspects irritants: difficile de s’en débarrasser définitivement quand elle a décidé de s’installer dans le jardin, et en plus, étant dotée de piquants, il faut prendre quelques précautions pour l’arracher. D’un autre côté, elle forme ces buissons denses et sauvage dans les friches, talus et autre lieux non habités, et en été, se recouvrent de mûres délicieuses, nous invitant à renouer avec nos instincts ancestraux de cueilleurs.

Rubus fruticosus - Ronce commune

Bref, voilà une plante qui a de la ressource: très résistante, elle est disponible à peu près partout et pousse en abondance. Une ressource parfaite pour la teinture, si les résultats au test sont concluants.

C’est donc parti pour l’expérimentation. Je choisis le bout des tiges, là où les feuilles sont jeunes. Je les hache en petits morceaux, puis les met à macérer 24h dans l’eau de pluie avant de réaliser le bain de teinture.

Si vous décidez de tenter l’expérience de votre côté, surtout pensez aux gants de protection, car cette plante est quasiment impossible à manipuler sans (à moins que vous ayez de la corne sur les mains, mais dans ce cas vous êtes un cas particulier!).

En réalisant l’expérience en août, j’ai pu utiliser la plante fraîche, mais il est aussi possible de la faire sécher pour la réutiliser plus tard, et ainsi en avoir à disposition toute l’année.

D’après mon super guide des teintures naturelles, dont je vous parlais la semaine dernière, je m’attends à obtenir du gris-noir avec un nuançage au fer. Je me demande alors quelle sera la couleur de mon tissu sans nuançage et décide de l’inclure dans mon test. Mon guide m’indique aussi que la couleur obtenue est très solide à la lumière et au lavage. Je vais donc préparer un échantillon qui n’ira pas tout de suite dans mon grand carnet, mais restera à la lumière du jour, histoire de voir. Je vois enfin que les colorants identifiés dans cette plante sont les tanins galliques, ce qui éveille mon intérêt: j’ai déjà vu à plusieurs reprises que l’on peut mordancer avec des noix de galle. Vu que je vais devoir acheter ces dernières, est-il possible que je puisse les remplacer, à terme, par une plante particulièrement disponible dans ma région? Je testerais très probablement cet aspect le jour où je me lancerais avec les noix de galle.

Voici la fiche recette de l’expérience:

Ronce commune

Mine de rien, la réalisation a l’air longue, mais elle ne m’a pas demandé spécialement plus de temps que les autres: il fallait surtout laisser reposer entre chaque étape. Après, c’est sûr, il faut être un minimum patient car on est loin du résultat quasi-instantané des teintures chimiques. Comme pour toutes les teintures naturelles, on peut dire qu’elle se mérite!

Résultats! Sans nuançage, j’ai obtenu un jaune pâle tirant sur le beige, léger et doux. Après nuançage, un très beau gris foncé.

teinture végétale; teinture naturelle; teinture grise; teinture ronce; teinture tanins; nuancage sulfate de fer

Plusieurs grosses surprises dans cette teinture.

Tout d’abord, je n’observe quasiment aucune différence entre le résultat sur tissu mordancé, et celui sur tissu non mordancé. Je suppose que cela est dû aux colorants tanniques de la ronce, qui en font un mordant naturel. Il pourrait être intéressant, à l’avenir, de tester la tenue de la teinture avec une autre plante après un mordançage aux tanins de la ronce, et de comparer le résultat à un mordançage classique alun + crème de tartre…

Ensuite, il y a une différence de teinte phénoménale entre les fibres. Sur la fibre végétale (coton, lin et raphia), le nuançage me permet d’obtenir un gris foncé fabuleux. Sur la soie, le résultat commence déjà à être différent, en tirant vers un gris-brun. Et la laine m’a donné un résultat tout à fait inattendu: du vert! Un vert kaki qui n’a pas voulu foncer, malgré un séjour plus long dans le bain de nuançage au sulfate de fer. Quelle surprise! Le colorant ne réagit clairement pas de la même façon en fonction de la fibre sur laquelle il se fixe. Je trouve toutes ces couleurs vraiment très belles, mais jamais je n’aurais pensé obtenir autant de tons différents avec une seule plante et le même procédé de teinture!

teinture ronce; teinture ronce commune; teinture sur laine; teinture ronce; nuancage fer; teinture raphia

Dernière petite surprise sur cette expérience, je me suis aperçue que lorsque je lave mes 20170914_114504.jpgéchantillons en fin de teinture, je peux aussi agir sur la teinte. En effet, les tâches que vous observez sur certains échantillons (comme celui ci-contre par exemple, ou la fois dernière sur la verge d’or) ne sont pas dues à un manque de mélange lors de la teinture, mais à des morceaux de savon non dilués et qui se sont déposés sur le tissu, en faisant réagir le colorant avant que j’aie le temps de rincer. Je suppose que c’est le pH de mon savon qui a un effet sur la couleur. C’est une forme de nuançage qu’il serait intéressant d’expérimenter plus concrètement à l’avenir!

 

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